‹ Retour à la leçon

Balzac et la Petite Tailleuse chinoise — guide de lecture

Dai Sijie, roman paru chez Gallimard en 2000 — de la page 11 à la page 70 environ

Devoir pour le 12 novembre 2026 : lire le roman jusqu'à la page 70.


Ce que couvre ce guide


Le roman en bref

Le contexte en cinq points

  1. Mao Zedong dirige la Chine communiste. En 1966, il lance la Révolution culturelle, qui dure jusqu'à sa mort, en 1976.
  2. Les intellectuels sont persécutés. Presque tous les livres sont interdits, sauf ceux de Mao et de ses partisans, et quelques ouvrages purement scientifiques (le narrateur l'explique vers la p. 65).
  3. Fin 1968, Mao ferme les universités et envoie les « jeunes intellectuels » des villes à la campagne, pour qu'ils soient « rééduqués » par les paysans pauvres (p. 13-14). Entre 1968 et 1980, près de 17 millions de jeunes citadins ont ainsi été envoyés à la campagne.
  4. Le narrateur explique ce mouvement avec ironie : Mao y est appelé « le Grand Timonier » (p. 13).
  5. L'histoire commence en 1971, sur une montagne isolée et inventée par l'auteur, le Phénix du Ciel, dans la province du Sichuan.

Résumé épisode par épisode

Première partie

1. L'arrivée et le violon (p. 11-13). Le soir de leur arrivée, le chef du village fouille les bagages des deux garçons. Il prend le violon du narrateur pour un jouet de bourgeois, et les villageois veulent le brûler. Luo intervient : son ami va jouer une sonate de Mozart, intitulée, dit-il, « Mozart pense au président Mao ». Le titre est inventé, mais il rassure le chef, qui sourit. Le narrateur joue et le violon est sauvé.

2. Pourquoi ils sont là (p. 13-14, puis quelques pages). Le narrateur explique la rééducation. Lui et Luo ne sont pas vraiment des intellectuels : ils ont seulement fini le collège. Mais leurs parents sont mal vus du régime. Le père du narrateur est pneumologue et sa mère est spécialiste des maladies parasitaires. Le père de Luo est un dentiste célèbre, qui aurait soigné les dents de Mao. Le narrateur raconte aussi un souvenir de 1968 : le père de Luo est humilié en public. Le narrateur se met à pleurer et Luo, bouleversé, le frappe. C'est la seule fois de leur amitié.

3. Le village et le réveil (autour de la p. 23). Le village se trouve au sommet d'une montagne très haute, où l'on ne peut monter qu'à pied. Les deux amis logent dans une maison sur pilotis, au-dessus d'un cochon. Il pleut presque deux jours sur trois. Leur travail est épuisant et sale : par exemple, ils portent sur leur dos des seaux d'excréments jusqu'aux champs. Le réveil de Luo, orné d'un coq, est le premier que voit le village. Il prend sur les paysans « un véritable pouvoir, presque sacré » (p. 23). Le chef s'en sert pour lancer le travail, et les garçons s'amusent à en changer l'heure. Leur avenir est sombre : pour des fils d'« ennemis du peuple », il n'y a que trois chances sur mille de quitter un jour la montagne. Pour consoler Luo, le narrateur joue du violon.

4. Le cinéma oral (entre la p. 23 et la p. 48). Personne au village n'a jamais vu de film. Le chef envoie donc les deux amis à Yong Jing, à deux jours de marche, pour voir une projection. Au retour, ils doivent raconter le film aux villageois, aussi longtemps que dure le film. Le chef chronomètre la séance avec le réveil. Luo est un conteur brillant. Ces journées de « cinéma oral » leur sont payées comme des journées de travail aux champs.

5. La Petite Tailleuse (entre la p. 23 et la p. 48). Le seul tailleur de la montagne va de village en village avec sa machine à coudre. Partout, on le traite comme un roi. Sa fille garde la boutique : on la surnomme la « princesse du Phénix du Ciel ». Luo et le narrateur vont la voir pour faire rallonger le pantalon de Luo. Elle lit à peine, mais elle aime parler avec ceux qui savent lire. Elle leur offre de l'eau bouillante, ce qui est une marque d'amitié dans la région. Luo l'amuse avec un pari sur la forme de leurs orteils. Sur le chemin du retour, il affirme qu'elle n'est « pas assez civilisée » pour lui… mais il est déjà sous le charme, tout comme le narrateur.

6. La petite mine (jusqu'à la p. 48). Comme tous les jeunes rééduqués, ils doivent travailler deux mois dans une petite mine de charbon. Ils y travaillent nus, couverts de poussière, avec la peur constante de mourir. Des années plus tard, le narrateur adulte frissonne encore en y repensant. Après six semaines, Luo attrape le paludisme. Un mineur le fouette avec des branches de pêcher et de saule pour chasser la maladie. Le narrateur découvre alors une lettre de la Petite Tailleuse (p. 48) : le chef de son village les invite à venir raconter un film.

7. La veillée des sorcières (fin de la première partie). Les deux amis choisissent de raconter La Petite Marchande de fleurs, un mélodrame nord-coréen. Luo est encore malade et arrive chez la jeune fille en pleine fièvre. Elle le couche dans son lit et le soigne avec une plante. Le narrateur lui confie un secret : le père de Luo a soigné les dents de Mao. La nuit, quatre vieilles sorcières viennent veiller le malade. Pour les tenir éveillées, le narrateur raconte le film, mais il raconte mal. Soudain, Luo, dans son délire, prononce la dernière réplique du film, et les sorcières fondent en larmes. Au moment où les lampes s'éteignent, le narrateur voit la Petite Tailleuse embrasser Luo.

Début de la deuxième partie (jusqu'aux p. 65-66)

8. Le Binoclard et la valise. Le Binoclard est un autre jeune rééduqué, envoyé dans un village voisin. Il est fils d'un écrivain et d'une poétesse. Très myope, il a peur des paysans et fait tout pour paraître bien « rééduqué ». Le lendemain de la veillée, les deux amis le voient travailler dans une rizière. La queue d'un buffle fait tomber ses lunettes dans la boue, et le narrateur les retrouve. Chez le Binoclard, en cherchant un pull pour Luo, le narrateur découvre une petite valise étrangement lourde. Le Binoclard refuse de dire ce qu'elle contient. Luo devine des livres interdits, et le Binoclard se met à fermer sa porte à clé. Quelques semaines plus tard, Luo est guéri. La valise a disparu de sa cachette. Les deux amis en parlent sans cesse (p. 65-66) : quand ils ont enfin su bien lire, il n'y avait déjà plus rien à lire.

Limite du guide : nous nous arrêtons ici, vers la page 66.


Fiche personnages (jusqu'à la p. 66)

Personnage Ce qu'on sait À retenir
Le narrateur 17 ans, sans nom. Fils d'un pneumologue et d'une spécialiste des maladies parasitaires. Joue du violon. Plus timide que Luo et moins bon conteur. Il raconte tout, adulte, avec humour et recul.
Luo 18 ans, ami d'enfance et ancien voisin de palier du narrateur. Fils d'un dentiste célèbre. Propriétaire du réveil. Audacieux, malin (le titre inventé pour Mozart), conteur hors pair. Tombe malade du paludisme.
Le chef du village Ancien cultivateur d'opium devenu communiste. Une tache de sang à l'œil gauche lui donne un air inquiétant. Autoritaire et méfiant, mais fasciné par le réveil et par les films racontés.
Le tailleur Le seul tailleur de la montagne. Il voyage avec sa machine à coudre. Traité comme un roi. Il se moque gentiment du violon.
La Petite Tailleuse Sa fille, surnommée la « princesse du Phénix du Ciel ». Belle et vive. Elle lit à peine mais aime ceux qui savent lire. Elle connaît les plantes qui soignent. Elle est espiègle (le pari des orteils).
Les sorcières Quatre vieilles femmes appelées pour chasser le mal. Scène à la fois drôle et émouvante, qui montre le pouvoir d'un récit.
Le Binoclard Jeune rééduqué d'un village voisin, très myope. Fils d'un écrivain et d'une poétesse. Peureux et secret. Il cache une mystérieuse valise.

Huit questions de compréhension

  1. En quelle année et où l'histoire commence-t-elle ? → En 1971, dans un village de la montagne du Phénix du Ciel, dans la province chinoise du Sichuan.
  2. Pourquoi le narrateur et Luo sont-ils envoyés en rééducation ? → Leurs parents (médecins, et un dentiste célèbre) sont jugés « ennemis du peuple ». Eux-mêmes n'ont fini que le collège.
  3. Comment Luo sauve-t-il le violon ? → Il présente la sonate de Mozart sous un faux titre : « Mozart pense au président Mao ». Le chef, rassuré, accepte la musique.
  4. Pourquoi la scène du réveil est-elle drôle, et que montre-t-elle ? → Un simple réveil devient presque sacré, et les garçons trichent sur l'heure. Ce sont ces jeunes citadins, censés être « rééduqués », qui contrôlent en secret le temps du village : l'humour souligne l'absurdité de la situation.
  5. Qu'est-ce que le cinéma oral, et pourquoi le chef y tient-il ? → C'est raconter un film vu en ville aux villageois qui n'en ont jamais vu. Le chef adore ces récits, au point de payer les séances comme des jours de travail.
  6. Comment se passe la première rencontre avec la Petite Tailleuse ? → Les garçons viennent faire rallonger un pantalon. Elle leur offre de l'eau bouillante, Luo la fait rire avec le pari des orteils, et tous deux sont charmés.
  7. Pourquoi l'épisode de la mine est-il important ? → Il montre la dureté et le danger de la rééducation : Luo y attrape le paludisme. C'est aussi là qu'arrive la lettre de la Petite Tailleuse, qui les invite dans son village.
  8. Qu'est-ce qui intrigue les deux amis chez le Binoclard ? → Une petite valise très lourde, cachée, dont il refuse de parler. Ils soupçonnent des livres interdits.

Vocabulaire

Mot Sens dans le roman
rééducation Séjour forcé à la campagne pour « corriger » les idées des jeunes des villes par le travail manuel.
jeune intellectuel Nom donné aux lycéens des villes envoyés à la campagne, même peu instruits.
ennemi du peuple Personne accusée d'être hostile au régime. Ce statut retombe sur toute sa famille.
bourgeois Ici, une insulte : quelque chose de luxueux, de la ville, venu de l'Occident.
propagande Message officiel répété pour imposer les idées du régime.
censure Interdiction de livres, de films ou de musiques jugés dangereux.
le Grand Timonier Surnom de Mao. Le timonier est celui qui tient la barre d'un navire.
sonate Morceau de musique pour un ou deux instruments, comme le violon.
maison sur pilotis Maison posée sur des poteaux, au-dessus du sol.
paludisme Maladie transmise par les moustiques, qui donne de fortes fièvres.
conteur Personne qui sait raconter des histoires de façon captivante.
mélodrame Histoire pleine d'émotions fortes, faite pour faire pleurer.
veillée Moment où l'on reste éveillé la nuit, ici auprès d'un malade.
myope / binoclard Qui voit mal de loin. « Binoclard » est un surnom familier pour quelqu'un qui porte des lunettes.
récit rétrospectif Récit où un narrateur raconte, des années après, ce qu'il a vécu.

Lire activement : quatre conseils

  1. Garde un carnet. Note chaque personnage, avec la page où il apparaît et un détail qui le caractérise.
  2. Repère l'humour. Le narrateur fait souvent sourire : le titre inventé pour Mozart, le réveil « sacré », les sorcières qui pleurent. Derrière le rire, il critique le régime.
  3. Observe les temps. Le récit est surtout au passé simple et à l'imparfait. Quand le narrateur adulte commente (par exemple quand il frissonne encore en repensant à la mine), le présent apparaît. C'est une bonne occasion de revoir les valeurs du passé simple et de l'imparfait.
  4. Repère les quatre grands thèmes : la culture face à la propagande, le pouvoir des histoires, l'amitié, l'humour face à l'oppression.

À surveiller dans la suite (sans rien dévoiler)